Mehdi Fehrat [était] animateur à Pessac Animation et responsable de la Station Point Cyb, espace d’animation multimédia du quartier de l’Alouette à Pessac. [Il est aujourd’hui à l’espace Infomédi@ de la médiathèque Jacques Ellul de Pessac].
Initiation(s) en République de Centrafrique
Texte original écrit pour le minizine papier N°0 de descultureslibres.info
Aristide Ganabo, président de l’association Mamboko na Mamboko* venait de remporter le Zoom d’Or, prix de la ville de Pessac qui récompense les meilleurs projets de jeunes. C’était un gros projet de solidarité avec une école en Centrafrique. On s’est rencontré et Aristide Ganabo a donné une nouvelle dimension à son projet en permettant à des jeunes de Pessac Animation** d’y participer : le projet « En route vers la République Centrafricaine » était né.
Durant l’été 2008, nous avons organisé un voyage à Bangui, la capitale, avec huit jeunes issus du quartier du Haut-Livrac classé en ZUS (Zone Urbaine Sensible) de Pessac. Pendant trois semaines, ces jeunes ont évolué dans un chantier éducatif en immersion dans la population locale et ont contribué à l’installation d’une salle informatique dans l’école Galabadja de Bangui.
La finalité de cette action était l’installation et l’initiation au logiciel libre et Internet à des fins pédagogiques.
C’est à l’école Artistide Briand de Pessac, école totalement équipée en logiciel libre que nous avons rencontré Jean Peyratout, président de l’association Scideralle.
Nous l’avons invité à venir nous rencontrer afin de lui exposer notre projet d’équiper en matériel informatique l’école de Galabadja. Totalement emballé par le projet, il devient notre partenaire privilégié pour la phase formation aux logiciels libres. Dans une première partie, c’est lui-même qui nous initie au Libre (découverte, installation, esprit du Libre etc.) et il nous oriente vers la société Ryxéo pour la partie gestion et mise réseau des ordinateurs. Sans cette rencontre, jamais le projet n’aurait pu avoir la dimension qu’elle a eue. Pour nous, il était évident que l’esprit et les valeurs de partage, d’échange et de solidarité des logiciels libres sont en totale adéquation avec notre démarche.
Dans un premier temps, les jeunes de Pessac Animation devaient réaliser un site Internet puis une passerelle de communication permettant des échanges entre la France et la Centrafrique. Mais la dynamique du projet était enclenchée. Le site web terminé, les jeunes de Pessac manifestèrent l’envie de s’engager dans d’autres actions en Centrafrique.
L’idée de créer une salle informatique comme celle qu’ils possèdent dans leur quartier de l’Alouette (la Station) dans une école d’un quartier pauvre de Bangui est audacieuse lorsque l’on sait que la ville ne fournit l’électricité que partiellement à ses habitants.
Ce défi a eu un impact très positif sur les jeunes de Pessac.
Ils se sont investis dans le projet, pour certains longtemps avant le voyage. Une fois sur les lieux, ils ont participé à l’installation de la salle informatique et ont aussi dispensé aux enseignants centrafricains une formation à l’utilisation des logiciels libres et du matériel informatique.
Cela a été très valorisant pour eux : du statut d’élève, ils accédaient à celui de formateur avec toute la reconnaissance et la gratitude des professeurs de Galabadja.
En rentrant en France, c’est une autre image de ces jeunes que nous avons pu montrer. Une image que les médias divulguent trop rarement.
Et ils ont énormément appris de ce séjour en Centrafrique. Dans un pays où la pauvreté n’est que trop visible, leur voyage a tourné à l’initiation. Nous avons même été à la rencontre d’un groupe de Pygmées dans la jungle, ce qui n’est pas donné à tout le monde ! Sans aucun doute, cela restera gravé dans leurs mémoires et aura un impact dans leurs vies.
Du point de vue des jeunes de Galabadja, l’informatisation de l’école a permis de développer leur esprit d’ouverture et de se familiariser avec les nouvelles technologies liées à l’informatique « libre » pour l’apprentissage scolaire, éducatif et pédagogique.
Pour l’avenir, l’idée est née de jumeler l’école de Galabadja avec une école de Pessac afin de mettre en relation les élèves des deux pays, proposer des échanges culturels et promouvoir l’éducation et le développement.
Nous aimerions aussi informatiser les autres écoles de Bangui, les mettre en réseau et développer l’utilisation des logiciels libres dans les écoles primaires, secondaires et même à l’Université de Bangui.
La ville de Pessac nous a largement soutenus dans ce projet : elle a accueilli très favorablement les actions de Mamboko na Mamboko sur son territoire (aides humaines, matérielles et financières) que ce soit avec le Service culturel, la MOUS (Maîtrise d’Oeuvre Urbaine et Sociale), le Service jeunesse dont dépendent les structures Pessac Animation et La Station.
Ce partenariat a conforté la dimension collective et solidaire de l’association.
De retour d’Afrique, nous avons mis en place une multitude d’actions : exposition photo dans le hall de la mairie, soirée au cinéma avec projection du reportage, stands pour présenter le projet dans les centres sociaux de la ville etc.
Tristan Rabat a réalisé le reportage Partir, pour revenir plus fort*** qui témoigne de l’ensemble du parcours réalisé durant deux ans : construction de l’école, rencontre avec les jeunes de Pessac, actions sur le terrain en France, réalisation du projet en Centrafrique. DCL
* Mamboko na Mamboko est une association loi 1901 basée à Pessac qui contribue au développement social, économique, éducatif et culturel du peuple centrafricain.
mamboko.free.fr
** Pessac animation est une structure d’animation du service Jeunesse de la ville de Pessac et propose des activités aux jeunes de 12 à 25 ans.
*** bande annonce visible sur dailymotion.fr
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