> Jean François Nifenecker est président de l’ABUL (Association Bordelaise des Utilisateurs de Logiciel Libre) et commissaire des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2010.
http://www.abul.org
LOGICIEL LIBRE
Texte original écrit pour le minizine papier N°0 de descultureslibres.info
La rumeur voudrait que les expressions logiciel libre et logiciel gratuit soient synonymes… l n’en est rien : un logiciel peut être à la fois libre et payant ; inversement, un logiciel peut être gratuit (freeware) mais non libre. Ce qui différencie fondamentalement les uns et les autres est la licence sous laquelle ils sont diffusés.
Le logiciel libre, qu’est-ce que c’est ?
En dix mots : un logiciel libre est un logiciel sous licence « libre ».
Précisons qu’une licence dite « libre » donne à chacun — et sans contrepartie — quatre libertés : utiliser le logiciel, l’étudier, le modifier, le dupliquer pour le diffuser (donner ou vendre). Les logiciels libres les plus connus sont le navigateur Mozilla Firefox et la suite bureautique OpenOffice.org, mais il faut savoir que les « moteurs » invisibles du web sont très majoritairement libres.
La licence libre la plus connue est la GNU General Public license (GPL). Il existe également des licences libres dans des domaines non informatiques : licences Creative Commons, Art Libre etc. Un logiciel qui n’est pas libre est appelé « logiciel propriétaire ».
Vous avez dit licence ?
L’auteur d’un logiciel conserve, dans tous les cas, un droit moral sur l’œuvre. Il accorde des droits sur son logiciel via un document (la licence) qui précise les droits accordés à l’utilisateur (installer le logiciel sur un seul ordinateur, l’utiliser etc.). L’utilisateur n’est jamais propriétaire du logiciel. Ce qu’il acquiert est le droit de l’utiliser.
Naissance
C’est Richard Stallman, un universitaire américain — dont la culture est, à l’instar de tous les universitaires de la terre, celle du partage du savoir — qui est à l’origine des licences libres.
Il pose au milieu des années 80 les bases de ce qui deviendra la licence GPL et décrit les quatre libertés de l’utilisateur présentées plus haut.
Parallèlement, il entreprend le développement d’un système d’exploitation libre : le projet GNU (GNU’s Not Unix) qui œuvre pour une libre diffusion des connaissances visant à ne laisser l’homme devenir ni l’esclave de la machine et de ses programmeurs, ni de cartels monopolisant des connaissances en fonction de leurs seuls intérêts. Pour mieux diffuser ses idées et aider à leur financement, Richard Stallman crée la Free Software Foundation (FSF).
Pour quoi faire ?
L’objectif du logiciel libre est de favoriser le partage et la libre circulation des idées qui garantissent le progrès technique et social.
Les logiciels libres agissent pour cela sur plusieurs leviers. En particulier sur l’utilisation de formats de données ouverts. Les formats ouverts sont aux données ce que la publication du code source est au logiciel. La manière dont les données sont enregistrées est publique, ce qui facilite la création de logiciels compatibles. Au contraire, les logiciels propriétaires*, en cachant la façon dont les données sont enregistrées, les contrôlent ; de telle façon que, peu ou prou, ces données appartiennent à l’auteur du logiciel (ou à son éditeur) et non plus à l’utilisateur.
L’emploi de logiciels libres garantit à leur utilisateur le total contrôle des informations qu’il manipule, à la fois dans le temps et dans l’espace.
D’où ça vient ?
Le développement de logiciel a un coût. Comment se fait-il alors que de nombreux logiciels libres soient gratuits ? Cette gratuité — qui n’est qu’une apparence — s’explique.
Tout d’abord, le développement ne coûte qu’une fois et ne supporte ensuite que des frais de duplication très faibles. Si le commanditaire des développements décide de les libérer, le coût en est donc absorbé. Si ce commanditaire est un groupement d’entreprises ou d’institutions publiques, alors ce coût est dilué.
En outre, le développement en libre favorise la diffusion du logiciel à travers le fourmillement des bénévoles qui, chacun à leur niveau, sur toute la planète, collaborent à sa construction, à la documentation, à la traduction, aux tests…
Et puis, il existe de nombreuses entreprises qui, parfois non sans arrière-pensées commerciales, participent aux développements ou libèrent leurs propres logiciels…
Tous ces efforts mis côte à côte permettent d’amener aux utilisateurs des logiciels de grande qualité, sûrs, testés, évolutifs et dont ils resteront les maîtres.
Le Logiciel Libre en Aquitaine
Grâce à des acteurs très actifs et à l’ouverture des élus locaux, le Sud-Ouest est la région de France où les logiciels libres ont pris la plus grande importance.
Tous les départements comptent des groupes d’utilisateurs de logiciels libres (LUG), souvent constitués en associations. Du Gers (les GNUsquetaires) à la Dordogne (Mammoutux) en passant par le Pays Basque (Euskalug) et les Landes (Landinux), sans oublier la région bordelaise (ABUL, Giroll), des passionnés montrent les usages et promeuvent les valeurs de partage qui, mieux que toute autre, permettent le progrès social.
L’agglomération bordelaise a vu en 2000, sous l’impulsion de quelques fous de l’ABUL, la naissance d’une manifestation internationale s’adressant chaque année à tout publics et d’accès totalement libre : les Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL).
Nantes a accueilli en 2009 près de 5000 visiteurs venus assister à plus de 300 conférences, ateliers et démonstrations et visiter les stands d’une cinquantaine d’associations. La prochaine édition aura lieu à Bordeaux du 6 au 11 juillet 2010.
Le département de la Gironde et la région Aquitaine ont également une volonté politique forte de promouvoir les nouvelles technologies de la communication (TIC), en particulier par l’installation d’infrastructures modernes de réseau maillant le département (projet Gironde numérique) et la région.
Nul doute que les logiciels libres donneront un contenu riche à cette infrastructure, permettant ainsi d’amener une activité économique de pointe bien au-delà des grandes métropoles. DCL
* Stallman préfère employer l’expression « logiciel privateur ».
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