bituur esztreym est un des fondateurs de l’association Musique Libre et de son site internet de téléchargement de musique libre :
http://www.dogmazic.net
Dogmazic Story
Texte original écrit pour le minizine papier N°0 de descultureslibres.info
A grands traits — un hominidé tapant avec un os ou un bâton sur une peau, un autre vidant un os de sa moëlle et le perçant de quelques trous. Un groupe des mêmes se réunissant dans la transe rituelle et socialisante d’un rythme, des voix scandant ou déchirant, modifiant celui-ci. Des inconnus les uns pour les autres, se découvrant dans l’échange et le don, les luttes et drames, le partage de leurs rituels, leurs chants, leurs identités. Naissance des charmeuses fillettes qu’on nommera muses. Apparition d’instrumentariums, de compositeurs, d’interprètes. Lais, complaintes, oratorios, des opéras, des airs, des chansonneries.
Puis l’édition de la musique, les règles d’échange de plus en plus riches et variées, les définitions de plus en plus précises des rôles des auteurs, des éditeurs, des commanditaires. Emergence d’un droit d’auteur, le fight sur le droit de copie d’un manuscrit entre Finnian et Colomban*, le Statute of Anne**, Beaumarchais***…
Le droit d’auteur est reconnu, géré par des sociétés d’auteurs, d’éditeurs, d’interprètes. De fondé pour réguler les rapports entre auteurs et intermédiaires, comédiens jouant les textes, limonadiers diffusant de la musique dans leurs cafés, éditeurs publiant les partitions, les rouleaux de cire des premiers gramophones, les microsillons etc., le droit d’auteur se transforme de plus en plus sous la pression principale des intermédiaires, des auteurs aussi, pour réguler les rapports entre le public, qu’il s’agit d’éduquer, contrôler, faire payer.
Au commencement, Ram Samudrala publie en 1994 la Philosophie de la musique libre, puis en 1998 la première licence libre pour la musique, la Free Music Public License. Il y a des musiciens, artistes, voulant adapter l’idée du copyleft, née pour le logiciel libre, à la musique et à l’art. En 2000 il y a Copyleft Attitude, qui publie, en France, la Licence Art Libre, et d’autres licences pour la musique, en Angleterre, aux Etats-Unis d’Amérique, en Allemagne.
En juillet 2000, Eric Aouanès (Rico) mon compère netarteux dans v.n.a.t.r.c.?**** rencontre R. Stallman, qui le renvoie, pour la musique, à Ram. Nous prenons contact avec lui, en parallèle de premiers échanges avec Antoine Moreau et Copyleft Attitude ; et musique-libre.com est lancé à l’hiver 2000-2001, initiative d’information et réflexion sur la musique et le copyleft.
En 2002, nous rencontrons Emmanuel Sargos (mr_ersatz), fondateur du label Alphatester, qui recherche comme nous une voie alternative à l’économie de plus en plus concentrée, verticale, verrouillée, de la dite industrie de la musique. En 2004 nous fondons musique-libre.org, plateforme de publication et téléchargement de musique libre, où tout musicien, tout label adepte des licences libres, peut publier ses œuvres.
L’association Musique Libre, qui opère le site, œuvre à faire connaître les licences libres et la philosophie qui les accompagne aux musiciens et à tous ceux qui les environnent dans le « milieu de la musique ». Avec eisse, xulops, ChristopheE qui nous ont rejoints en 2005, et d’autres compagnons de route parmi lesquels le fantasque et fidèle marco depuis le début.
L’association, l’équipe se développent et en 2006 la plateforme devient dogmazic.net. Musiciens et labels de plus en plus nombreux adoptent les licences libres : ambient chiliens, rock-punk indonésiens pour résumer l’amplitude.
Une industrie cacochyme et frappée d’angoisse se met à poursuivre ses clients, les fans des musiciens, et ramer contre le courant de l’histoire, elle finira comme les fabricants de chandelles ou de fiacres, sans avoir su s’adapter, mais en plaçant des pions, en retardant par ses résistances et son pouvoir d’influence la naissance d’une nouvelle économie, surtout en tentant d’imposer l’idée que le partage est du piratage, du vol.
Une société qui veut interdire le partage est une société fondamentalement injuste ; et c’est là que se situe un des enjeux essentiels.
Le « mouvement du libre », pour les logiciels comme pour la culture, pour la défense de la neutralité du net et des libertés numériques, lutte pour restaurer ou maintenir la liberté de partager, d’échanger, sans laquelle il n’y a pas de société humaine digne de ce nom. DCL
*VIe siècle,
Irlande.
Le
moine
Finnian
posséde
un
manuscrit
qu’il
refuse
de
laisser
copier.
Saint
Colomban
y
réussit
par
ruse.
Finnian
lui
fait
un
procès.
Le
premier
sur
le
droit
de
copie ?
**1710,
Angleterre. Première
loi
donnant
à
l’auteur
et
non
à
l’éditeur
le
droit
exclusif
d’impression
de
sa
création.
***1777,
France.
L’écrivain dramaturge
éditeur
inventeur
musicien
politicien
vendeur d’armes
lutte
pour
la
reconnaissance des
droits
d’auteur
et
fonde
la
Société
des
Auteurs
Compositeurs Dramatiques (SACD).
****vnatrc.net
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